Les raisons de l’échec de l’équipe de France

les raisons de l'échec de l'équipe de France

Programmée pour la victoire, dotée d’un groupe rempli de talents, l’équipe de France a quitté l’Euro 2020 dès les huitièmes de finale face à la Suisse. Comment en est-on arrivé là ?

Une attaque de rêve, un état d’esprit conquérant, un sélectionneur toujours aussi pragmatique et inspiré, tout était réuni pour que l’équipe de France aille conquérir l’Euro 2020. Tout cela s’est effondré en huitième de finale face à la Suisse. Surprenant ? Pas tant que cela au regard de la tournure prise par les événements depuis le début de la compétition.

Les errements de Didier Deschamps

De l’avis de beaucoup, le sélectionneur national est le premier responsable de l’échec. La constitution de sa liste n’a pas souffert de contestation, au contraire, avec l’engouement général suscité par le retour de Karim Benzema. C’est plutôt ce qu’il en a fait qui a vite nuancé l’enthousiasme initial. En décidant de tout miser sur son trio offensif, qui nous était soi-disant envié par le monde entier, DD s’est perdu dans ses choix. 4-4-2 losange, 4-3-3, 4-2-3-1 asymétrique, 3-5-2 et enfin 4-4-2 à plat, cela commence à faire beaucoup pour 4 rencontres et cela témoigne de la difficulté de trouver un schéma qui fonctionne, quand il avait su installer dès la deuxième rencontre du Mondial 2018 le système gagnant.

Un autre grief concerne le choix des hommes. Deschamps avait pourtant l’ossature, avec 8 titulaires inamovibles (Lloris, Varane, Kimpembe, Pogba, Kanté, Mbappé, Griezmann, Benzema). 9 si Lucas Hernandez avait été épargné par son genou. 10 si Pavard avait affiché un niveau digne du Mondial 2018. En réalité, la seule véritable interrogation se situait sur l’identité du troisième milieu de terrain, ou du quatrième attaquant selon le schéma choisi. Et la question n’a jamais trouvé de réponse convenable, malgré un premier match réussi contre l’Allemagne avec Rabiot. La rencontre ratée contre la Hongrie a rebattu les cartes, poussant Deschamps à modifier son système face au Portugal puis la Suisse, enchaînant les mauvais choix (Tolisso milieu droit, défense à 5 et titularisation de Lenglet). Pas aidé par la cascade de blessures (Dembélé, L. Hernandez, Digne notamment), le sélectionneur n’a pas été inspiré dans ses compositions d’équipe.

Un premier match trompeur, un deuxième match mal jugé ?
Une intensité folle, une défense de fer, une attaque prometteuse. Le match inaugural gagné 1-0 contre l’Allemagne a autant rassuré que fait du mal aux Bleus. Du mal physiquement puisqu’ensuite ils n’ont jamais su retrouver l’intensité constatée ce jour-là dans les duels et les courses. La préparation physique a-t-elle été trop axée sur cette rencontre, qui occupait principalement les esprits du staff français depuis de longues semaines ? Toutes les belles choses aperçues contre l’Allemagne n’ont pas résisté à l’usure physique et aux incessants changements de Didier Deschamps.

La faute peut-être à une deuxième rencontre mal interprétée. Chaleur étouffante due à l’horaire rarement apprécié par les joueurs (15h), stade surexcité après des mois de foot sans supporters, un adversaire survolté au jeu agressif, le contexte n’était pas évident. Bien sûr, l’équipe de France n’a pas réalisé un grand match ce jour-là, mais il était bien loin d’être catastrophique. Pourtant, il a généré les changements de Deschamps : retour au 4-2-3-1 asymétrique contre le Portugal, qui sera abandonné au cours de la rencontre, passage au 3-5-2 contre la Suisse. Et jamais une tentative d’un onze de départ plus offensif, avec un quatrième élément comme Dembélé (avant sa blessure) ou Coman.

Une défense aux abois

Disons le ici, il y avait des doutes sur le niveau de la défense française avant de débuter l’Euro 2020. Entre un Varane sur courant alternatif avec le Real Madrid, un Kimpembe éreinté par une longue saison avec le PSG et encore sujet à quelques étourderies sur chaque rencontre, et un Pavard limité au poste de latéral droit, on prédisait des difficultés dans ce secteur. Le match face à l’Allemagne a trompé tout le monde, et les Bleus ont encaissé 6 buts en 3 rencontres. Bien trop pour espérer quoi que ce soit.

Les performances individuelles ont été également déterminantes. Le tournoi de Benjamin Pavard est catastrophique. Après un bon match, comme tout le monde, contre l’Allemagne (à voir si le choc avec Gosens a eu un impact), il a sombré dans les grandes largeurs contre la Hongrie et la Suisse. Un positionnement toujours trop haut qui a forcé Varane à compenser presque en permanence mais aucun poids offensif pour autant. Kimpembe s’est loupé contre la Suisse après un Euro jusque-là satisfaisant, et on ne parlera pas du malheureux Lenglet, envoyé au feu d’un coup d’un seul pour reproduire ce que les fans barcelonais ont beaucoup trop vu au cours de la saison.

Un trio offensif redouté mais éventé

« Tous les pays nous les envient », titrait L’Équipe le 2 juin dernier. Pas faux, du moins sur le papier. Dans les faits, cela n’a pas fonctionné. Alors oui, Benzema a réussi son retour en Bleu, avec deux doublés contre le Portugal et la Suisse, et Griezmann a marqué un but important contre la Hongrie. Mais dans le jeu, on a rarement senti une réelle connexion entre les trois hommes (hormis lundi soir contre la Suisse sur les buts de Benzema). La connexion, elle, était surtout cherchée, de manière souvent exagérée, entre Mbappé et Benzema, Griezmann donnant parfois le sentiment d’être le troisième larron un poil délaissé.

Les dézonages fréquents de Benzema, pas assez présent dans la surface sur les quelques centres, les choix parfois individualistes de Mbappé, et l’influence en berne de Griezmann, peu inspiré sur les coups de pied arrêtés, n’ont pas validé l’idée d’une complémentarité évidente entre les trois hommes. À chaque fois, l’entrée d’un quatrième homme pour donner de la largeur (Dembélé, Coman) a fait du bien à l’équipe. En leur confiant les clés de l’animation offensive et en leur accordant une grande liberté de mouvement, Deschamps a joué une carte qu’il pensait être un as. Ça a fait flop.