Monaco : Keita Baldé, le pompier

Monaco : Keita Baldé, le pompier

Revenu cet été sur la pointe des pieds de son prêt à l’Inter, l’international sénégalais semble enfin trouver sa juste place à l’ASM, dans l’intimité du vestiaire comme sur le terrain. Ni crack, ni arnaque : et si Keita Baldé était avant tout un bon soldat ?

Ça n’est parfois qu’une affaire de mauvais pied. Celui sur lequel la relation entre Keita Baldé et le club du Rocher est parti il y a deux ans et demi. Celui aussi qui aurait peut-être fait de lui un héros dimanche au Parc des Princes si, au bout d’un contre qui n’aurait su être plus parfait dans sa verticalité, l’attaquant monégasque n’avait pas trouvé Keylor Navas pour lui boucher l’horizon. Entre l’ancien Laziale et l’ASM, il y a donc d’abord eu ce détournement de destin, ce mariage de promesses qu’on ne sait tenir. Un joueur fantasmé que l’on attire pour se consoler d’un envol précipité (Mbappé), un tremplin espéré vers un top club : c’était là le contrat bancal d’un transfert bankable qui devait purger les frustrations des uns et des autres. La fameuse relation « pansement » qui finit par décevoir tout le monde.

Nouveau Nabil

De sa première saison sur le Rocher demeure cette sensation étrange d’un joueur qui n’aura pas failli dans les moments clés sans pour autant dégager une réelle empreinte visuelle, manquant là l’occasion de s’ouvrir le chemin des cœurs. À défaut, il avait su remplir correctement sa feuille de stats (8 buts et 11 passes décisives en 33 matchs), écartant la tentation de le qualifier de véritable échec. Un entre-deux également brouillé par son rôle sur le terrain : baladé de gauche à droite, c’est finalement peut-être lors de ses rares apparitions dans l’axe qu’il avait dégagé la plus forte impression. En déficit d’explosivité sur les premiers mètres et décevant dans l’élimination sur les ailes, il avait fait montre de toutes ses qualités dos au but en tant qu’avant-centre, grâce à son jeu en appui aussi physique que subtil. Un prêt tiède à l’Inter plus tard, est-il devenu un autre joueur ? Pas vraiment.

Moins virevoltant que Gelson Martins, moins élégant que Golovin, moins intelligent – dans le jeu – que Ben Yedder, il n’est aujourd’hui qu’un rouage du néo-collectif monégasque, assez éloigné du crack espéré il y a quelques années. Mais c’est bien là la différence avec sa première saison en rouge et blanc : il est passé de cette individualité déconnectée aux coups d’éclat ponctuels à ce lien précieux pour l’équipe. Dimanche, au Parc des Princes, faisant de son profil hybride une force, on l’a ainsi vu combiner aussi bien avec Ballo-Touré – en net progrès – qu’avec Golovin ou Ben Yedder, défendre avec la même ardeur en second attaquant comme en milieu gauche et afficher son enthousiasme communicatif en interview d’après-match. Une évolution – toutes proportions gardées tant les attentes et les montants n’étaient pas les mêmes – qui rappelle celle de Nabil Dirar à une époque pas si lointaine, passé du statut de soliste caractériel à celui de soldat de caractère.

Compatible

Cela résulte-t-il d’une évolution du joueur et de l’homme ou plutôt d’un changement de perception extérieure ? Sans doute un peu des deux. Il est en tout cas difficile d’imputer la douce métamorphose à la simple arrivée de Robert Moreno, tant le visage fédérateur affiché par l’enfant de la Masia se fait ressentir au sein du groupe depuis le début de saison, quand bien même il jouait peu. Mais la venue de l’entraîneur espagnol hypertrophie forcément la motivation de l’international sénégalais : « Quand il arrive une chose nouvelle dans la vie, pas seulement dans le foot, je pense que ça crée beaucoup d’enthousiasme et de force. (…) On a bien compris ses idées. Ce style est facile pour moi, car j’ai fait ma formation à Barcelone. C’est toujours la même façon de jouer. On touche beaucoup le ballon et on doit être patients pour chercher les espaces. »

Contre le Paris Saint-Germain, ce mercredi soir au stade Louis-II, les espaces à trouver et à combler devraient malgré tout être plus nombreux que les ballons touchés. Il faudra encore une fois courir et se battre pour espérer vaincre plus fort que soi. Et s’il faut aussi briller pour cela, peut-être le fantassin saura-t-il devenir un instant le fantastique qu’il aurait dû être.