Idrissa Gueye, le héros de la soirée parisienne

Idrissa Gueye

L’international du sénégalais du PSG, Idrissa Gueye, a mis le milieu de terrain adverse sous l’éteignoir et s’impose déjà comme la recrue majeure du mercato parisien.

Il reste à lui trouver un chant, car celui entonné par le virage Auteuil fut des plus sommaires, mais l’on mettra ça sur le compte de la nouveauté : Idrissa Gueye s’est fait, mercredi 18 septembre, en quatre-vingt-dix minutes cannibalesques face au Real Madrid (3-0), une place dans le cœur du Parc des Princes pour son quatrième match sous le maillot parisien.

La place était à prendre, depuis deux saisons que Blaise Matuidi avait laissé un gouffre dans l’entrejeu parisien en partant pour la Juventus Turin. Après le match du Sénégalais contre l’équipe de Zinédine Zidane, plus grand monde ne doute que le champion du monde a trouvé un successeur dans le rôle de l’infatigable gratteur de ballons, capable aussi de jouer vers l’avant en se projetant ou en trouvant la bonne passe au bon moment.

Dans une équipe dont les attaquants habituels, à l’exception d’Edinson Cavani, défendent surtout leurs intérêts, il manquait au milieu parisien un stabilisateur capable également de freiner les offensives adverses. Un roquet offrant aux amateurs de statistiques des chiffres qui disent un match réussi (ballons récupérés, duels gagnés, passes-clés), et à l’entraîneur une tranquillité d’esprit. Mercredi, c’était Noël : tout le monde a été servi.

« C’est une machine »

Les chiffres, d’abord : aucun duel perdu, 90 ballons touchés, six récupérés, trois occasions créées, record d’interceptions, de tacles, de passes-clés et de passes dans le dernier tiers du terrain. Accessoirement, une passe décisive, pour Angel Di Maria sur son deuxième but.

Thomas Tuchel, qui l’a embrassé tendrement comme un talisman à l’issue du match : « Bien sûr que c’est le joueur qu’il nous manquait. On s’est beaucoup battus pour l’acheter. C’est une machine. Il n’arrête jamais de courir, il récupère beaucoup, il gratte beaucoup de ballons, et, contre une équipe comme le Real Madrid, c’est super important. »

Les coéquipiers, ravis que Gueye ait couru pour quatre : « C’est incroyable… Je ne sais pas combien de ballons il a récupérés aujourd’hui [six, on l’a dit], et ce n’était pas des ballons faciles. Il réussit à voir avant, à lire la situation. » (Thiago Silva). « C’est un monstre, il a dû faire au minimum 12 kilomètres. En plus d’être un ’charbonneux’, il est aussi bon techniquement » (Presnel Kimpembe).

Dans le détail, Idrissa Gueye s’est appliqué à empêcher Toni Kroos de lancer les offensives du Real Madrid et à bloquer d’éventuelles transmissions vers Eden Hazard. Le Sénégalais est pour beaucoup dans le non-match du Belge, et son pressing sur l’Allemand a permis au Paris-Saint-Germain de commencer ses attaques très haut.

Son apport a permis à Marco Verratti d’évoluer plus librement – ce qui n’a pas empêché l’Italien, brillant par moments, de mettre ses mains sur les genoux dans les vingt dernières minutes.

« On avait vraiment besoin d’un joueur comme ça, louait l’Italien la veille de la rencontre. L’an dernier, j’étais un peu tout seul au milieu avec des joueurs plus offensifs, et je devais m’occuper de l’équilibre de l’équipe pour ne pas subir des contres. Là, je me sens un peu plus libre. Je suis vraiment content qu’il soit là. »

Comparé à Kanté

A Paris, Gueye, qui s’est « vite intégré dans le groupe », s’est fondu dans le collectif aussi vite que dans ses clubs précédents, Aston Villa et Everton. Il avait débarqué en Premier League à 25 ans, après une post-formation et cinq saisons à Lille, qui avaient fait de lui un bon milieu de Ligue 1, pas une vedette.

En Angleterre, Gueye a muté : plus habile de ses pieds que la moyenne des récupérateurs, profitant de sa supériorité physique dans un championnat où l’intensité est clé, il s’est rapidement imposé comme le meilleur récupérateur du pays… derrière N’Golo Kanté.

Les deux hommes sont souvent comparés, y compris par Steve Walsh, l’homme qui les a tous deux recrutés (à Leicester pour Kanté, à Everton pour Gueye). Un bémol : le Sénégalais, qui tenait David Beckham pour son idole d’enfance, est davantage attiré par le but que Kanté.

En Angleterre, pas grand monde n’a compris que le Paris-Saint-Germain l’ait débauché cet été pour 30 millions d’euros sans qu’aucun grand club de Premier League n’y trouve rien à redire. Sans doute le club parisien, Thomas Tuchel en particulier, avait-il pris trop d’avance dans la cour faite au Sénégalais, déjà bien entamée l’hiver dernier.

Si le PSG peut avoir un regret, c’est de ne pas avoir conclu l’affaire dès le mois de janvier. Car, mercredi soir, au sous-sol du Parc des Princes, tout le monde ne parlait que d’Idrissa Gueye. Sauf l’intéressé : « Ce ne sont pas les individualités qui ont fait la différence, mais l’équipe. (…) Individuellement, c’est plus facile quand tout le monde travaille ensemble. » Et pour tout le monde, c’est plus facile quand Idrissa Gueye travaille.